Les yeux ouverts
Troisième article

" Culte musulman ", " séminaires ", " aumôniers " :
Comment les autorités françaises se font piéger par les mots

Par René Marchand
(article mis en ligne le 30 juin 2005)
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Des millions d'Arabes connaissent le français. Quelques centaines seulement de Français "de souche" parlent et écrivent l'arabe. Ce "déséquilibre" (le terme est bien faible !) est d'autant plus grave que les deux langues appartiennent à des systèmes : l'indo-européen et le sémitique, profondément différents, où les structures grammaticales et les mots ne superposent pas pièce à pièce, et que l'islam et la civilisation occidentale sont nés et se sont développés sur des concepts très éloignés. Aussi n'est-il pas étonnant que, dans la masse de ceux qui "savent tout de nous alors que nous ne savons rien d'eux", certains, qui se veulent en guerre contre nous, réussissent à nous berner avec des mots qui n'ont pas le même sens ou la même résonance dans les deux cultures. Ainsi :
"Conseil français du culte musulman". Nos ministres de l'Intérieur, chargés des cultes, n'ont pas vu malice dans la dénomination. Peut-être même a-t-elle été trouvée par un des conseillers de la place Beauvau. Culte (du latin colere : adorer) est apparu au 16e siècle, en pleine Réforme (première attestation : 1570) pour signifier l'hommage qu'on rend à un dieu par des actes et, plus précisément, les manifestations extérieures, les cérémonies, d'une religion. Le mot est devenu d'usage courant dans les différentes variétés du christianisme ; son sens est bien cerné, précis, sans ambiguïté. En islam, qu'en est-il ? Les universitaires suggèrent de traduire culte par ibâdât, les "actes d'adoration", que, dans certains traités de droit musulman, on oppose aux "pratiques sociales" (mu'ämalât). Mais cela n'est que distingo d'érudits : la notion de culte, telle que nous l'entendons, n'a jamais eu de réalité en islam. Je me suis référé à un traité classique de droit musulman de l'école malékite (l'école à laquelle se rattachent nos "représentants" de l'islam en France) : al-Risâla, d'al-Qayrawânî, qui a été édité avec une traduction en français en regard du texte arabe et deux index des termes de base en fin de volume. Dans l'index des mots arabes, qui compte plus de quatre cents entrées, le mot ibâdât ne figure pas : c'est dire s'il est d'un usage commun et si son sens est connu de tous et reconnu par tous ! Dans l'index des mots français, avec plus de mille entrées de abdomen à yeux, pas de culte. Alors, sous le mot culte, que peut mettre un musulman ? Rien moins que tout l'islam, qui ne distingue pas religion et droit, religieux et politique, sacré et profane, public et privé, qui régente entièrement la vie des individus. Les journaux et les médias audiovisuels arabes du Proche et Moyen-Orient n'utilisent pas des termes savants incompris de leur public. Ils traduisent notre "CFCM" par : "le Conseil français pour la religion musulmane", "… pour l'islam". L'islam où ce que nous nommons religion, politique, droit public, droit privé… ne sont pas dissociés. Est-il meilleure preuve que nous avons institué au sein de la République un organisme de droit étranger qui, selon son droit propre, est légitimement autorisé à revendiquer une compétence d'autorité en tous domaines sur une partie de la population de notre pays ? (Un droit - mais ceci est une autre question - totalement incompatible avec le nôtre.)

Les "représentants" de la "communauté" musulmane demandent des séminaires pour former des imams capables d'enseigner "un islam compatible avec nos valeurs". A les en croire, les appels à la violence qu'on entend dans les mosquées de France seraient dus à "l'ignorance d'imams étrangers", autoproclamés et mal formés. C'est supposer que ces imams sont ignorants de notre droit et de nos coutumes comme nous le sommes des leurs, qu'ils ne savent pas que la polygamie, ou la violence conjugale, ou l'antijudaïsme… n'entrent pas dans nos valeurs. Nos ministres relaient la réclamation auprès de l'opinion publique - sans se demander s'il existe vraiment un islam compatible avec les lois et coutumes de la République, si, un jour, il pourra en exister un. L'institut de la Nièvre, né de l'argent saoudien, où sont formés des imams "à la française", enseigne-t-il un islam différent de celui de l'imam de Vénissieux, expulsé pour ses propos " susceptibles de troubler l'ordre public " ? A Dominique de Villepin, qui a mis ses pas dans ceux de tous ses prédécesseurs à l'Intérieur pour courir derrière un islam inexistant, je signale qu'il n'y eut jamais de séminaires dans la civilisation islamique, que le mot séminaire est inconnu en arabe.

On nous réclame aussi davantage d'aumôniers dans nos prisons. Le mot remonte au 11e siècle (du grec eleêmosunê : "compassion", via le latin d'Eglise). Qui vit jamais de tels hommes de compassion dans les geôles des pays d'islam ? La fonction n'existe pas et le mot non plus.
Doutant de mes connaissances, j'ai pris contact avec un de nos meilleurs universitaires arabisants et avec un ami proche-oriental très cultivé, parfaitement bilingue. Comment traduiraient-ils le mot français ? L'un et l'autre m'ont proposé, outre le passe-partout imâm (celui qui est devant les autres, pour les prières… et plus : le "chef" d'une collectivité), des termes dont le sens premier est "orienteur" (murshid) ou "celui qui appelle, prédicateur, propagandiste", quasiment "recruteur" (dâ'î). Eclairant, n'est-ce pas ?
Nous avons donc laissé pénétrer dans nos prisons, non pas des Vincent de Paul animés par la pure charité, mais des petits chefs, des orienteurs, des propagandistes et recruteurs. Et nous devrions en accepter davantage, évidemment formés, aux frais des contribuables français, dans des… "séminaires" gérés par le Conseil du "culte" musulman.

René Marchand

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