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Analyste de la
Fondation Polémia, Jean-Yves Ménébrez estime
que la création d’un ministère de
l’Immigration et de l’Identité nationale
répondait à une évidente
nécessité. En revanche, son opinion est des plus
réservées, non seulement au sujet de la politique
mise en place par l’actuel gouvernement ; mais aussi en ce
qui concerne les autre termes accolés à ce nouveau
ministère : Intégration et Codéveloppement.
Véritables tartes à la crême, ces deux
notions paralyseront vraisemblablement toute initiative
constructive. Il a bien voulu répondre à nos
questions.
V.D.F. : Comment avez-vous apprécié
l’idée, exprimée durant la campagne
électorale présidentielle par Nicolas Sarkozy, de
créer un ministère de l’immigration et de
l’identité nationale ?
J-Y.M. : Positivement, bien sûr. C’était
reconnaître une évidence. L’immigration,
surtout lorsqu’elle est numériquement importante et
en provenance de pays lointains, pose un problème
d’identité nationale. Car l’identité
française, c’est aussi – c’est
d’abord — une identité de civilisation,
c’est l’appartenance à la civilisation
européenne et chrétienne d’expression
française qui fonde ce que nous sommes collectivement. Or,
les immigrés qui viennent d’Afrique noire, du
Maghreb ou de Chine, appartiennent à d’autres aires
civilisationnelles.
Dire cela, ce n’est pas mépriser les noirs, les
musulmans ou les Chinois, leurs cultures et leurs croyances,
c’est reconnaître des différences
ethnoculturelles majeures. Samuel Huntington a eu raison de
parler de « choc des civilisations » ; mais la
vérité oblige à constater que le choc des
civilisations se produit moins entre nations qu’à
l’intérieur même des nations. Le
problème n’est pas qu’il y ait des Talibans
à Kaboul ou à Hérat (après tout,
c’est l’affaire des Afghans) ; le problème,
c’est qu’il y ait de plus en plus de musulmans
engagés et militants en France.
Les électeurs français en sont conscients, puisque
la proposition de création d’un ministère de
l’Immigration et de l’Identité nationale a
été un élément majeur du
succès électoral de Nicolas Sarkozy. Elle a
choqué les « bien-pensants », mais
mobilisé l’électorat identitaire et
assuré au candidat de l’UMP sa confortable avance du
premier tour qui a suffi à lui assurer la victoire.
V.D.F. : Que penser alors de la création du
Ministère Heurtefeux de « l’Immigration, de
l’Intégration de l’Identité nationale,
et du Codéveloppement » ?
J.-Y.M. : Il y a loin de la coupe aux lèvres : et des
promesses électorales aux… réalités
gouvernementales. La dénomination du ministère
s’éloigne de l’idée forte initiale pour
complaire au politiquement correct.
L’intégration, c’est la tarte à la
crème des politiques d’immigration depuis 35 ans. Si
cela marchait, cela se saurait ! Mais c’est une illusion,
cela ne fonctionne pas. Ainsi le taux de chômage des
Franco-Maghrébins de la seconde génération
est le même que celui de leurs parents 25 ans avant ; et
c’est plus du double du chômage des
Franco-Français (voir à ce sujet «
Statistiquement incorrect - L’intégration
économique de l’immigration : une illusion »
sur www. polemia.com/).
De même, la minorité musulmane présente en
France se rend de plus en plus visible par ses pratiques
religieuses, vestimentaires ou alimentaires ; ainsi les jeunes
Franco-Maghrébins se marient de plus en plus souvent au
Maghreb avec des jeunes femmes et des jeunes hommes choisis dans
le pays d’origine de leurs parents ou grands-parents.
Quant au codéveloppement, c’est sans doute une bonne
intention, mais ce n’est pas sérieux. Ainsi,
l’Inde et l’Asie confucéenne se sont
développées toutes seules ; alors que
l’Algérie, qui jouit de la rente
pétrolière, nous exporte ses chômeurs et fait
venir 50.000 travailleurs chinois pour construire des logements
et des routes à Alger. A supposer même que le
codéveloppement réussisse, cela prendrait 10 ans,
15 ans, 20 ans pour avoir des effets pratiques sur les flux
migratoires. Nous ne pouvons pas attendre cela pour agir.
V.D.F. : Oui, mais la dénomination du ministère
peut passer pour une habileté ; son objectif
n’est-il pas de désarçonner les oppositions
?
J.-Y.M. : Je vous trouve bien indulgent ! Pour ma part, je ne
crois pas qu’on puisse traiter des problèmes, si on
n’a pas d’abord le courage de dénoncer les
faux-semblants et de décrire les réalités.
Or, s’abriter derrière une «
intégration » en panne et un
« codéveloppement » illusoire, c’est faire la
part belle aux illusions.
V.D.F. : Dans sa lettre à Brice Heurtefeux, Nicolas
Sarkozy lui fixe comme objectif de rééquilibrer
l’immigration au profit de l’immigration de travail,
qu’en pensez vous ?
J.-Y.M. : J’aimerais en penser le meilleur, mais j’en
crains le pire.
V.D.F. : Expliquez-vous !
J.-Y.M. : En ordre de grandeur, sur 200.000 entrées
régulières annuelles, il y a 15.000 entrées
(souvent des régularisations de situation,
d’ailleurs) au titre du travail et 185.000 pour
d’autres motifs (principalement familiaux). S’il
s’agissait de réduire ces 185.000 entrées
à 15.000, cela irait manifestement dans le bon sens. Si, a
contrario, la politique du gouvernement aboutit finalement
à ajouter une immigration de travail supplémentaire
à l’immigration de confort déjà
existante, c’est cumuler les problèmes. Faire venir
des travailleurs supplémentaires dans un pays qui
connaît un taux de chômage de 8% et dont le flux
annuel d’expatriés est de 30.000 à 40.000,
est ce vraiment très raisonnable ? Le vrai bilan des flux
migratoires est le suivant : les cadres et les travailleurs
français sortent, les demandeurs de prestations sociales
entrent.
V.D.F : Comment remédier à cette situation
?
J.-Y.M. : D’abord en la comprenant, et en
l’expliquant. Une bonne partie des flux migratoires
d’aujourd’hui est due à l’absence
d’assimilation des jeunes franco-étrangers : au lieu
de s’épouser entre eux ou de se marier à des
Franco-Français, ils vont pour beaucoup chercher leur
conjoint dans le pays d’origine de leurs parents, les font
arriver en France, leur permettant ainsi d’acquérir
notre nationalité, puis de faire venir leurs propres
parents. C’est un processus sans fin et massif de
déversement de population du sud vers le nord. Savez-vous
qu’en 2005, 12.457 Algériens ont
épousé en Algérie des ressortissants
français (généralement
Franco-Algériens) et que d’autres sont venus en
France pour épouser des Français ? Ce
phénomène de « nuptialité mixte
» a été multiplié par 11 en 11 ans. Le
même s’observe pour les Franco-Marocains, les Franco-
Tunisiens, les Franco-Turcs et les Franco-Africains noirs. La
aussi, permettez moi de vous renvoyer à
l’étude de Polémia (« Statistiquement
incorrect - Les stratégies nuptiales des Français
d’origine étrangère, signes de
l’échec de l’intégration » ).
V.D.F. : Que faut-il faire ?
J.-Y.M. : D’abord prendre conscience de ce qui se passe
vraiment. Ensuite sortir la politique de l’immigration
d’une logique reposant exclusivement sur des droits
individuels. Poser le problème en termes
d’identité nationale. Et donc changer les
règles du droit de la nationalité. Changer les
règles du regroupement familial. Poser les questions en
termes de préférence nationale et de
préférence de civilisation. Le temps des
demi-mesures et des fausses habiletés est
passé.
Taux de
chômage en France selon la nationalité
Français
Etrangers de l’Union européenne
Etrangers hors Union européenne |
8,30%
7,40%
25,10% |
Beaucoup de
résidents étrangers et de Français
d’origine immigrée (nés de parents
étrangers) participent au processus de production ;
toutefois, la proportion de chômeurs parmi ces
catégories reste sensiblement plus élevée
que pour le reste de la population française. Ainsi, le
taux de chômage des étrangers hors Union
européenne est trois fois supérieur à celui
des Français.
(Source : INSEE. Enquête emploi 2002). © Polemia
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