|
« Il a suffi qu'il se présente
à la mairie pour la reconnaissance de l'enfant. Lorsque le
petit est né, il n'est même pas venu le voir
à la clinique. Deux semaines après, il a pris
quelques photos du bébé et il est parti
aussitôt. Lorsque je lui en ai fait la remarque, il
m’a ri au nez et ses paroles m'ont glacée :
“Ce sont les papiers qui m'intéressent depuis le
début, si ça ne te plaît pas, c'est trop
tard. Si tu te mets en travers de mes projets, tu ne verras plus
jamais ton enfant, c'est l'enfant ou les papiers.” J'ai
senti le piège se refermer, j'étais
anéantie. Mon enfant avait un père qui ne
s'intéressait à lui qu'au gré de ses droits
administratifs. » Tel est le genre de témoignages
recueillis par Marie- Annick Delaunay au sein de son association
“Non aux mariages et paternités de papier”. Le
livre qu’elle consacre à ce phénomène
aussi massif que méconnu nous fait découvrir un
nouvel aspect des conséquences dramatiques du laxisme
migratoire français.
L’immigration, on le sait, est un continent social,
économique et politique mal cartographié. On ne
possède à son sujet que des informations
parcellaires, incomplètes et souvent peu fiables. Les
statistiques qui le concernent sont données au
compte-gouttes, réparties entre différents
ministères et souvent présentées de
façon à être difficilement lisibles, avec le
parti pris, toujours, de minimiser l'ampleur du
phénomène.(1)
Un aspect méconnu de l’immigration
Régulièrement, un individu courageux s'aventure
dans la jungle des chiffres et rédige un ouvrage qui tente
de faire une estimation du problème. Plus rarement, une
personne déchiffre une des terrae incognitae de
l'immigration et apporte quelque chose de réellement
nouveau au débat en nous fournissant une connaissance et
une compréhension inédite d'un de ses aspects.
C'est le cas de Marie- Annick Delaunay, qui a récemment
publié, aux Éditions Tatamis, L'immigration par
escroquerie sentimentale.
On connaît, déjà, le problème du
mariage blanc, une pratique où les deux parties
s'entendent pour contracter un faux mariage en vue d'obtenir des
papiers. On sait aussi que les clandestins recourent de plus en
plus à la méthode des paternités blanches :
pour un montant qui oscille entre 2.000 et 5.000 euros, ils
achètent à une femme enceinte - française ou
étrangère, mais en situation
régulière - le droit de reconnaître son
enfant né en France. La méthode garantit en effet
l'obtention d'un titre de séjour. Fondatrice en 2004 et
présidente de l’association « Non aux mariages
et paternités de papiers », Marie-Annick Delaunay
nous fait découvrir qu'en marge de ces combines, les
facilités d'obtention de cartes de séjour et de la
nationalité française accordées aux
conjoints de Français ou aux parents d'enfants
français ont fait de nos concitoyens et de nos
concitoyennes les proies de pratiques sordides : le mariage gris
et la paternité grise.
Mariages de papier, paternités grises, faux
PACS…
Dans de tels cas, il n'est plus question d'entente entre les deux
parties pour violer les lois sur l'immigration : l'époux
ou l'épouse française, qu'ils soient de souche ou
issus de l'immigration, sont délibérément
trompés par un étranger qui feint le bonheur
parfait pour s'évaporer dans la nature, dès qu'il
ou elle a obtenu son titre de séjour. Pour parvenir
à leurs fins, certains vont jusqu'à faire croire
à leur victime qu'ils ont déjà un titre de
séjour en règle en présentant de faux
papiers. Dans des cas encore plus sordides, le partenaire va
jusqu'à concevoir un enfant qu'il reconnaît
aussitôt à sa naissance, avant d'abandonner la
mère et l'enfant dans les heures ou les jours qui suivent
sa naissance : contre un « parent d'enfant français
», il n'est actuellement aucun recours pour la victime.
Et ces méthodes, quoique largement occultées par
les médias, sont courantes. Pour la première fois,
des mariages blancs aux paternités grises en passant par
les mariages forcés et les faux PACS, Marie-Annick
Delaunay détaille méthodiquement toutes les
façons de frauder la loi au moyen des mariages,
décrit l'impact catastrophique de ces pratiques sur les
victimes et surtout donne une idée de l'ampleur du
phénomène.
Un phénomène occulté, mais de grande
ampleur
Son enquête se fonde sur deux sources : d'une part, les
témoignages recueillis par son association en deux ans
d'activité. Plus de 2.000 au rythme de plusieurs par jour.
Un chiffre considérable qui n'est que le dessus de
l'iceberg : depuis 2004, l'association n'a pu se faire
connaître que grâce à Internet et n'a
bénéficié, jusqu'à la sortie du
livre, d'aucune médiatisation. D'autre part, un
impressionnant travail de recherche a amené l'auteur
à décortiquer les statistiques et à passer
en revue les débats au parlement pour obtenir des chiffres
rarement cités. Ainsi présente-t-elle ces chiffres
quasi introuvables : le nombre de naturalisations au titre du
mariage avec un conjoint français est passé de
16.659 en 1995 à 34.439 en 2004. Une augmentation de plus
de 100 % ! Elle signale aussi l'incroyable progression du nombre
de cartes familiales obtenues pour mariage avec un
Français : on est passé de 14.303 en 1997 à
50.270 en 2004 ! De quoi se poser des questions.
Des victimes à la vie brisée
Autre richesse du livre, la place accordée aux victimes
des mariages gris, car, on s'en doute, elles embarrassent et
elles gênent le politiquement correct. Elles sont ainsi des
milliers, probablement des dizaines de milliers, qui se
retrouvent totalement isolées, après avoir
été manipulées pendant des mois, souvent
avec sur les bras un enfant que leur partenaire n'avait
décidé de concevoir que pour obtenir le statut
convoité de « parent d'enfant français
». « J'ai eu honte d'avouer à ma famille tout
ce que j'ai subi, raconte ainsi une victime... Je culpabilise,
pourtant je ne suis coupable de rien. » Plus terrifiant :
Marie-Annick Delaunay nous explique que les lois sur
l'immigration en leur état - et la façon dont elles
sont appliquées - laissent ces victimes sans recours,
quand elles n'en font pas l'objet d'ostracisme. La
présidente de « Non aux mariages et paternité
de papiers » s'est ellemême retrouvée
confrontée à un déferlement
d'hostilité des associations immigrationnistes de sa
région, lorsque leurs militants ont su le sujet de
l'enquête qu'elle menait.
En 215 pages, l'ouvrage de Mme Delaunay offre un tel
concentré de détails et d'informations qu'il est
impossible de le résumer. Sa lecture devrait être
recommandée à toute personne qui s'apprête
à partir pour un pays où les candidats à
l'immigration sont nombreux ou qui fréquente des
étrangers en France. Car c'est aussi un des constats
fondamentaux de l'ouvrage : face à des individus
prêts à tout pour obtenir des titres de
séjour, nos concitoyens sont désarmés par
l'ignorance totale de la réalité de l'immigration
dans laquelle on les maintient. Dernier mérite de
l'ouvrage, et pas le moindre : celui de nous montrer que
l'immigration fait, dans notre pays, des milliers de victimes.
L'immigration par escroquerie sentimentale est LE livre à
lire sur l'immigration en ce début d'année.
( 1 )Remarquons ici que le
site internet du ministère de l'Intérieur ne publie
plus les rapports sur les titres de séjour depuis 2002,
année de l'arrivée de Nicolas Sarkozy au
gouvernement.
“L’immigration par escroquerie
sentimentale”, par Marie-Annick
Delaunay, Préface d’André Bercoff,
Éditions Tatamis (www.tatamis.fr),
215 pages,16 euros.
|