ENTRETIEN
VOIX DES FRANÇAIS

Philippe de Villiers :
“Le tonitruant ministre Sarkozy poursuit en fait méthodiquement le travail de sape entamé par Mitterrand et Chirac…”

Philippe de Villiers


Auteur d’un récent ouvrage dénonçant l’islamisation de la France (Les Mosquées de Roissy, Éditions Albin Michel), le président du Mouvement pour la France (MPF) juge sévèrement l’action de M. Sarkozy place Beauvau, et tout spécialement son récent projet de loi sur l’immigration.

- Depuis plusieurs mois, vous montez régulièrement au créneau sur la question de l’immigration massive qui frappe notre pays. Quel jugement portez-vous sur le récent projet de loi présenté par M. Sarkozy en la matière, et plus précisément, sur le concept d’« immigration choisie» ?
- L’immigration est le défi majeur qui se pose à la société française d’aujourd’hui. C’est peu à peu le visage même de la France qui s’en trouve changé. Ce qui me frappe plus que tout, c’est que chaque jour, de renoncements en repentances, d’idéalisme imbécile en apaisement inconscient, c’est un petit bout de terrain qui est perdu par la République et gagné par les tenants de la société multiculturelle, par nature multiconflictuelle. Or le tonitruant ministre Sarkozy poursuit en fait méthodiquement le travail de sape entamé par Mitterrand et Chirac… Vous avez dit rupture ? Audelà du choix de quelques formules médiatisées et sans lendemain, il n’y en aura pas, bien au contraire. Le projet de loi Sarkozy en apporte la preuve éclatante. Car au-delà des quelques amendements de la législation existante destinés à rassurer les gogos, il y a la réalité : celle d’un texte qui cherche à faire venir en France de nouvelles vagues d’immigrants, plus qualifiées. Après avoir mis au chômage des centaines de milliers d’ouvriers et d’employés, les nouvelles vagues d’immigration viseront donc à concurrencer les classes moyennes, les professions libérales, les cadres !

- Dans un récent entretien au magazine Monde & Vie, vous affirmiez que le défi posé par l’immigration n’était pas seulement de nature économique ou sociale, mais aussi de nature civilisationnelle. Pouvez-vous nous développer cette idée ?
- Autrefois, la France assimilait des étrangers désireux de devenir Français. Aujourd’hui, l’État cherche à intégrer des communautés étrangères soucieuses de profiter de nos avantages sociaux. L’assimilation nationale et républicaine, c’est quand un étranger qui vient d’ailleurs vit comme chez nous. L’intégration, c’est quand un étranger qui s’installe chez nous vit comme chez lui. L’intégration conduit à la désintégration de la Nation ! Du droit à la ressemblance, on est passé au droit à la différence et à sa conséquence, le droit à la dissidence. Or, les communautés qui s’installent aujourd’hui chez nous ne partagent quasiment aucune de nos valeurs et, bien souvent, exècrent notre histoire. Nous sommes donc face à un défi civilisationnel. Sur notre sol, nous créons artificiellement ce choc des civilisations souvent évoqué. Au coeur de cet antagonisme, se situe incontestablement la question religieuse, car l’islam des immigrants n’est pas une religion comme les autres : elle porte en elle une vision du monde radicalement antagoniste avec la nôtre, une vision de la femme aux antipodes de notre perception d’égalité et de dignité, un mépris du cadre national, républicain, laïc et des libertés individuelles. Cela fait beaucoup et cela suffit à faire comprendre que de petites mesures politico-administratives de circonstance sont parfaitement aberrantes, face à l’ampleur de l’enjeu. Car il s’agit bien de la survie de la France et de notre civilisation !

- Sur cet esprit des choses, que pensezvous de l’action de Nicolas Sarkozy en tant que ministre des Cultes ? Approuvez-vous la création du Conseil français du culte musulman (CFCM) ?
- Je suis persuadé que, dans une logique de simple ambition personnelle, il se prépare à gérer cette « France d’après » qu’il évoque, la France d’après les Français en quelque sorte ! La logique Sarkozy est une logique purement comptable : tant de musulmans présents sur notre sol = tant de mosquées = tant de quotas. Dans cet esprit, la création artificielle du CFCM est irresponsable, et scandaleuse la mise en place d’une procédure détournée d’aide de l’État au financement des mosquées par la Caisse des dépôts. Ouvrons les yeux, comprenons l’esprit et la lettre du Coran et de la Sunna : l’Oumma supérieure à toute nation, les interdits, la charia, la mort pour l’apostat, le djihad sont inséparables de l’islam. Il ne peut donc y avoir un islam de France, car l’islam est incompatible avec la République, notre culture, nos valeurs fondamentales. Chaque jour un peu plus, ce n’est d’ailleurs pas l’islam qui s’adapte à la France, c’est la France qui s’adapte à l’islam, n’en déplaise aux naïfs.

- De surcroît, il apparaît que cette dérive communautariste ne peut que toucher progressivement tous les aspects de la vie sociale et notamment la vie économique, à travers le concept, également cher à M. Sarkozy, de « discrimination positive ».
- Oui, et elle s’inscrit dans le prolongement de la politique de la ville, conduite en pure perte depuis plus de dix ans. Par ces mesures, on cherche à acheter la paix sociale, à négocier les conditions d’un ordre précaire : on veut gagner du temps. Mais le temps joue contre nous. Parce que la natalité française est en fait très faible et que nos politiques sont très lâches, tandis que le peuple français est soigneusement bâillonné par le politiquement correct et un incroyable arsenal judiciaire…

- Puisque la politique menée par le gouvernement en matière d’immigration ne vous agrée pas, pouvez-vous nous présenter brièvement les mesures phares que vous défendez ?
- Le principe essentiel consiste en une rupture claire avec la politique menée jusqu’alors. Je préconise l’immigration zéro, seule politique à même d’être comprise par les pays d’immigration. C’est d’ailleurs ce qu’a réclamé récemment Abdoulaye Wade, le Président du Sénégal. Non seulement il faut stopper l’immigration, mais il faut encore inverser les flux migratoires par l’expulsion des clandestins, la fin de l’obtention automatique de la nationalité française, la réforme stricte du droit du sol, désormais anachronique, une politique complète de francisation qui décourage les immigrants peu francophiles et permette l’assimilation de ceux qui considèrent qu’être Français est un honneur. Mais, une politique ferme et de rupture en matière d’immigration ne peut se concevoir qu’accompagnée par une politique repensée de co-développement et d’aide aux pays d’immigration. Il s’agit de permettre aux immigrants potentiels de rester vivre au pays et d’encourager ceux installés en France à retourner faire prospérer la terre de leurs aïeux. Depuis 15 ans, c’est tout l’objet du partenariat que j’ai mis en place entre la Vendée et le Bénin, pour fixer les élites chez elles et les aider à se développer.

Propos recueillis par Xavier Van Lierde

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