ENTRETIEN
VOIX DES FRANÇAIS

Bruno Gollnisch :
“La loi Sarkozy va augmenter encore une immigration pléthorique, que la France n’a pas les moyens d’accueillir.”





Le député européen du Front National vient de révéler que le projet de loi Sarkozy sur l’immigration consistait pour l’essentiel en une transposition en droit français de directives européennes.


- À propos de son projet de loi sur l’immigration, M. Sarkozy évoquait des mesures “originales, novatrices et personnelles”. De votre côté, vous affirmez, au contraire, qu’elles sont, à 85 %, la transposition en droit français de directives européennes. Comment étayez-vous ce jugement ?
- Il suffit de lire l’exposé des motifs de la loi, et de consulter le site Internet de la Commission européenne. On découvre que pas moins de six directives européennes (1) sont citées comme justifiant bon nombre d’articles et que la loi anticipe même sur des textes en préparation, sur les travailleurs hautement qualifiés, les travailleurs saisonniers, les personnes transférées au sein de leur entreprise ou encore les stagiaires rémunérés. On retrouve tous ces sujets dans le texte de M. Sarkozy, avec la carte « compétences et talent », la nouvelle carte pour les travailleurs saisonniers, etc... Tout cela fait partie de l’harmonisation législative découlant des grandes orientations en matière d’immigration définies par les Conseils européens de Tampere en 1999 et de La Haye en 2004, dont certaines modalités sont précisées dans le livre vert et le programme d’action de la Commission sur l’immigration économique. Ces grandes orientations préconisaient notamment le recours à une immigration choisie (le mot avait été employé à l’époque) pour suppléer aux carences du marché du travail européen. Même le vocabulaire du Ministre de l’Intérieur est emprunté à Bruxelles.

- Cette parenté européenne du projet de loi Sarkozy suffit-elle cependant à le condamner ? Partagez-vous le jugement de ceux qui estiment que la loi Sarkozy constitue « un petit pas dans la bonne direction » ?
- Cette parenté européenne est effectivement un mauvais point, puisqu’elle prouve que la France n’est plus souveraine dans ce domaine pourtant vital. Mais M. Sarkozy n’est pas prisonnier de la politique de Bruxelles. Il en est complice. Son origine, comme son contenu, font de sa loi un grand pas vers un gouffre béant. Ce texte va augmenter encore une immigration pléthorique, que la France n’a pas les moyens d’accueillir. L’immigration dite « choisie » ne se substituera pas à l’immigration « subie », légale ou clandestine. Elle s’y ajoutera. Pour trois raisons. Un : rien dans la loi ne met fin aux deux principales causes de l’immigration légale que sont le mariage avec un Français (en augmentation exponentielle) et le regroupement familial, ou n’organise vraiment la lutte contre l’immigration clandestine. Deux : le pillage des élites du tiers monde portera un grave préjudice au développement de ces pays et sera donc un facteur aggravant de l’immigration en général. Trois : la France sera confrontée à une immigration « intra-européenne » de non-Européens admis comme résidents dans l’un des 24 autres Etats membres et qui pourront venir vivre sur son sol au nom de la liberté de circulation et d’installation des personnes. Les 700.000 clandestins régularisés en Italie ou les 600.000 d’Espagne auront ce droit.
Enfin, je veux souligner qu’il y a quelque chose de profondément choquant à vouloir faire venir des travailleurs de l’étranger, choisis sur diplômes, alors que notre pays compte six millions de chômeurs que l’on pourrait former à occuper les emplois qui ont du mal à être pourvus. Cela demanderait, il est vrai, une autre vision politique que le court terme électoraliste dans lequel vit M. Sarkozy.

- Comment expliquez-vous alors la levée de boucliers que ce projet de loi suscite à gauche, notamment à l’égard du concept sarkozien d’« immigration choisie » ?
- On est dans un jeu de rôles, l’éternel partage des tâches entre le gentil flic et le méchant flic popularisé par le cinéma. En criant au scandale, la gauche se refait une santé politique sur un sujet facile. Elle tient un discours bien rodé à base de compassionnel larmoyant, de xénophilie militante, d’appel aux droits de l’Homme... Du très classique. Ce faisant, elle rend service à Sarkozy, car elle crédibilise sa loi, la fait passer pour une loi de maîtrise de l’immigration, ce qu’elle n’est en aucun cas. Les acteurs du système justifient leur existence mutuelle, chacun pensant en tirer des bénéfices électoraux dans son propre camp.

- De façon plus globale, quel jugement portez-vous sur le bilan de Sarkozy au ministère de l’Intérieur ? Je pense notamment à son action en tant que ministre des Cultes…
- Un bilan négatif. En terme de sécurité, la relative amélioration globale des statistiques a du mal à masquer une explosion de la violence envers les personnes et une communautarisation accélérée de la société française. Malgré ses discours prétendus musclés sur l’immigration, M. Sarkozy restera le Ministre qui a supprimé la « double peine », promu la discrimination positive, c’est à dire la préférence étrangère, prôné le droit de vote des immigrés... En tant que Ministre des Cultes, il est celui qui a institutionnalisé et organisé l’Islam en France, et surtout donné une visibilité et un statut à ses tendances les plus radicales.

- Si les solutions proposées par M. Sarkozy ne sont pas les bonnes, lesquelles défendez-vous pour résoudre le problème de l’immigration ?
- Les « solutions » de M. Sarkozy n’en sont pas. Le problème n’est pas de maîtriser, ou de faire semblant de maîtriser, les flux d’immigration. Il est de les inverser. Contrôler les frontières, instaurer la préférence nationale, réformer le code de nationalité, expulser les clandestins et les criminels étrangers, organiser le retour des immigrés légaux non européens dans leur pays d’origine, avoir une véritable politique de développement pour fixer les populations... voilà les pistes que préconise le Front National depuis des années.

Propos recueillis par Xavier Van Lierde

(1) Directive 2003/86/CE du 22 septembre 2003 sur le regroupement familial, directive 2003/109/CE du 25 novembre 2003 sur le statut des résidents de longue durée, directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 sur la liberté de circulation et de séjour des ressortissants de l’Union Européenne dans tous les Etats membres, directive 2004/81/CE du 29 avril 2004 sur les titres de séjour délivrés aux ressortissants de pays tiers qui sont victimes de la traite des êtres humains ou ont fait l’objet d’une aide à l’immigration clandestine et qui coopèrent avec les autorités compétentes, directive 2005/71/CE du 12 octobre 2005 sur les procédures d’admission spécifique pour les chercheurs, directive 2005/85/CE du 1er décembre 2005 sur l’octroi et le statut de réfugié. Retour au texte

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