TRIBUNE
VOIX DES FRANÇAIS

IMMIGRATION :
UN ESSAI D’ÉVALUATION DES COÛTS ÉCONOMIQUES ET FINANCIERS

Par Yves-Marie Laulan
Président de l’Institut de Géopolitique des Populations

Le 17 novembre 2005, l’Institut de Géopolitique des Populations (IGP) organisait, à la Fondation Singer-Polignac, un colloque visant à évaluer les coûts économiques et financiers de l’immigration et de l’intégration des populations immigrées. Il faut saluer Yves-Marie Laulan de s’être penché sur cette question faisant l’objet d’un véritable tabou depuis que, en 1990, notre ami Pierre Milloz, membre du comité d’honneur de Voix des Français, a publié son célèbre rapport sur le même sujet. C’est pourquoi nous sommes heureux de publier, ci-dessous, un très large extrait du texte prononcé, en conclusion de ce colloque, par Yves-Marie Laulan, président de l’IGP.

Ce colloque consacré au coût de l’immigration et de l’intégration des populations issues de l’immigration [1] soulève une première question : peut-on considérer que la balance des paiements des communautés immigrées – c’est à dire le rapport entre les dépenses et les recettes publiques résultant de l’immigration – est équilibrée ou non ? Vieille question posée dès l’origine par les avocats de l’immigration, comme Jacques Delors, lequel soutenait que l’immigration était une « bonne affaire » (notamment pour le financement de nos retraites) ou encore Bernard Stasi qui écrivait naguère : « l’immigration, une chance pour la France ».
Ainsi posée, cette question en appelle une autre.
Côté dépenses, l’affaire paraît simple : il suffirait, en principe, d’additionner les multiples coûts résultant de l’implantation en France de ces communautés (ou, plus précisément, les coûts supplémentaires) éparpillés (ou dissimulés) dans le maquis de la comptabilité publique, des budgets des collectivités territoriales et de la Sécurité sociale en termes de logements sociaux subventionnés, d’éducation spécialisée, d’allocations familiales [2], et de chômage, de frais de santé, de justice et de maintien de l’ordre [3].
Côté recettes, le problème est plus complexe, car l’on confond souvent deux éléments très distincts. L’un est la contribution d’un travailleur immigré à la création de richesses, c’està- dire au PIB (produit intérieur brut). L’autre représente les recettes, sous forme d’impôts et de cotisations sociales acquittés par le même travailleur, permettant de financer le budget de l’Etat, de la Sécurité sociale et même des entreprises publiques (SNCF et RATP) [4].
1°Pour ce qui concerne la formation du PIB, en termes de flux, il est clair que les immigrés venant au titre du droit d’asile et du regroupement familial, et à titre étudiant, sont, par définition, consommateurs nets de services. En fait, l’immigration de travail, forte dans les années 60, se réduit aujourd’hui à un mince ruisselet (6.740 visas sur un total d’ entrées supérieur à 260.000 en 2003)[5]. À ce titre, leur « balance des paiements » est de toute évidence fortement négative en ce qui concerne la création de richesses.
En termes de stocks, c’est-à-dire les populations déjà installées depuis un certain temps, il en va évidemment différemment, encore que le taux de chômage y soit plus de deux fois supérieur à la moyenne française [6] et que ce soit précisément là la raison souvent alléguée des récentes émeutes [7]. De toute évidence, les communautés issues de l’immigration comportent une large proportion d’inactifs. [8]
Mais un autre facteur fort important, et trop souvent négligé, concerne la productivité travail [9]. La France a une productivité moyenne relativement élevée [10]. Mais, si la productivité moyenne des travailleurs immigrés – en raison de leur manque de qualification – est inférieure à la moyenne nationale [11], il en résultera à terme deux ordres de conséquences :
- le PIB français augmentera, bien sûr, ne serait-ce qu’en raison de leur contribution, même modeste,
- le PIB par tête va se réduire, d’où une tendance à la baisse du niveau de vie moyen français.
Cette approche originale a le mérite de privilégier l’importance cardinale, trop souvent ignorée, d’une intégration porteuse de qualification, celle dont une économie moderne a besoin. Il ne suffira pas de fournir un métier, ce qui est bien, mais de procurer un métier qualifié, ce qui est mieux.
Faute de cela, le risque serait grand de faire des populations immigrées une sorte de lumpen proletariat nouvelle manière, porteur de rancoeurs et de ressentiments.
Au surplus, la productivité française moyenne ne manquera pas de se rétrécir au fil des années, à mesure que les descendants de l’immigration vont constituer une proportion croissante de la population active [12].
2° Le deuxième problème, on l’a vu, est d’un ordre tout différent. Il s’agit de la capacité de ces populations de contribuer par l’impôt et la cotisation sociale au financement des dépenses de l’Etat, de la Sécurité sociale et des collectivités locales. On observera que les immigrés dans la plupart des cas ne paient ni l’impôt sur le revenu, ni la taxe d’habitation (ni, la plupart du temps la CSG ni la CRDS), en raison de la faiblesse de leurs revenus, ni de cotisations sociales, s’ils sont inactifs ou travaillent « au noir ». Leur contribution aux recettes publiques se ramènent donc à leurs achats de consommation par la TVA (et la TIPP s’ils roulent en voiture), ce qui n’est pas forcément négligeable. Mais il est permis de penser que les ressources ainsi versées aux différents budgets de la puissance publique sont loin d’équilibrer les dépenses évoquées par les précédents intervenants estimées – un chiffre sans doute minimal – à 36 milliards d’euros par an. [14]

En d’autres termes, l’immigration, d’abord tolérée, puis subie, devenue, au fil des années, une immigration de peuplement ou de substitution de population, a un coût net pour la population d’accueil susceptible de s’alourdir avec le temps, avec l’entrée massive de nouveaux immigrés, clandestins on non [15]. L’immigration serait donc, dans l’état actuel des choses, une entreprise lourdement déficitaire. […]

Notes :
1. Formule reprise du rapport de Philippe Séguin, président de la Cour de Comptes, sur le même sujet. Retour au texte

2. Notamment pour les familles polygames. Retour au texte

3. Le coût des récentes émeutes doit se situer entre 500 millions et 1 milliard d’euros. Il est évidemment, bien réel, mais difficile à quantifier : à titre d’exemple les conditions parfois infernales, voire périlleuses de l’enseignement en zones sensibles, l’épuisement du personnel hospitalier ou des transports qui sont souvent à l’origine des grèves multiples, et coûteuses, affectant ces secteurs exposés, sont également à prendre en compte. Retour au texte

4. Dont les déficits sont couverts par le budget public. Retour au texte

5. En 2003, l’immigration « légale », 173.000, se décomposait ainsi : regroupement familial : 102.000 ; étudiants : 56.000 ; demandes de droit d’asile : 90.000 (dont 10.000 agréés et le solde, soit 80.000, disparaissent dans la clandestinité), soit au total 263.000 personnes. Retour au texte

6. 21 % dans les quartiers sensibles. Retour au texte

7. Sans compter les facteurs culturels. Comment une France qui a perdu ses repères et ses valeurs de référence peut-elle espérer intégrer les étrangers venus d’ailleurs ou ceux qui sont nés sur son sol, sans y apprendre l’amour du pays qui les accueille ? Retour au texte

8. Femmes, enfants, adolescents, vieillards et chômeurs. Retour au texte

9. Il s’agit de la capacité pour un travailleur de faire un certain volume de production donnée en un temps donné. On calcule ainsi une productivité horaire, annuelle, moyenne, marginale, etc. Retour au texte

10. Précisément en raison de son taux de chômage élevé. Retour au texte

11. On peut se douter que ce sera le cas pour les nounous, les aides soignantes et les travailleurs manuels non qualifiés. Retour au texte

12. On peut estimer que les immigrés et leurs descendants, qui constituent aujourd’hui un peu moins de 10 % de la population active, en constitueront environ 20 % dans 20 à 25 ans. Retour au texte

13. Voire des entreprises publiques comme la SNCF et la RATP. Retour au texte

14. Rappelons que ces sommes représentent quand même 80 % du déficit public et 3,5 fois le fameux « trou » de la Sécurité sociale. Le coût moyen par tête — sur la base d’une population de 5 millions de personnes provenant de pays de culture ou d’origine musulmane, essentiellement Turquie, Maghreb et Afrique noire — s’élèverait donc à 7.000 euros. Retour au texte

15. À cet égard, peut-être serait-il opportun de classer ces dépenses sous la rubrique de l’aide au tiers monde. On notera d’ailleurs que les transferts de fonds de migrants à l’étranger représentent déjà 2 milliards d’euros par an. Retour au texte

Yves-Marie Laulan, économiste et banquier, a suivi une carrière qui l'a mené des cabinets ministériels aux institutions internationales (FMI, Banque mondiale, OTAN), en passant par la Société Générale, le Crédit Municipal de Paris. Il a enseigné également dans diverses universités, dont l'Institut d'études politiques de Paris, et publié en France et à l'étranger une douzaine d'ouvrages d'économie ou de géopolitique. Il a créé, l’Institut de Géopolitique des Populations pour éveiller la conscience du grand public aux désastreuses conséquences des grandes évolutions démographiques de notre temps : vieillissement dépeuplement et immigration massive.

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