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Ce que cache le prétendu printemps
démographique |
L’été a vu une intense campagne
médiatique à propos de la vitalité
démographique française. À en croire
politiciens et démographes institutionnels, la France
pourrait même compter 75 millions d’habitants en 2050
! Et bien sûr, n’allez pas croire que cette exception
française puisse s’expliquer par les flux
migratoires ! Officiellement, ceux-ci n’y seraient pour
rien, ou presque. Enquête sur un tour de passe-passe
démographique.
Le coup
d’envoi de la formidable campagne de propagande
lancée à propos de notre prétendue
vitalité démographique française a
été donné par le ministre UDF de
l’Équipement.
Une France de 75 millions d’habitants en 2050 ?
Dans un entretien accordé au Figaro Économie du 12
mai dernier, Gilles de Robien annonçait avec jubilation
que la France pourrait compter quelque 75 millions
d’habitants à l’horizon 2050. En tablant sur
de telles projections, extrapolées du recensement partiel
de 2004, il plaidait surtout la cause de son ministère :
“Une plus grande population, a-t-il souligné, impose
par exemple une politique d’aménagement du
territoire et du logement plus ambitieuse et donc une
nécessaire augmentation des crédits”. Mais
qu’importent les arrière-pensées
politiciennes ! En revanche, ce que l’on ne peut laisser
passer sans réagir, c’est l’affirmation, mille
fois répétée, selon laquelle cette embellie
démographique ne devrait rien à l’immigration
!
L’apport migratoire nié
Ainsi, dans Seniorscopie, la lettre d’information du
magazine pour seniors Notre Temps, Benoît Méli
affirme sans rire : “Toutes ces raisons font de la France
un cas à part en Europe. Car, si la plupart des pays
voisins voient également leur population augmenter, elle
ne progresse pas de la même manière en France.
L’essentiel de la croissance des populations de pays
voisins vient de l’immigration. Or, en France […]
cette croissance est due, pour les trois quarts, à
l’excédent naturel de la population (solde des
naissances et des décès). L’immigration
n’est responsable que d’un quart seulement de cette
progression.” De la même façon, dans un
article consacré au 25e Congrès international de la
population, Cécilia Gabizon écrit : “Pour
l’instant, le maintien de la natalité
française se traduit par un solde naturel important,
l’apport migratoire restant relativement faible,
comparé aux autres pays européens.”
Calculs fallacieux à partir de définitions
ambiguës
On pourrait multiplier à l’infini
les déclarations allant dans ce sens, sans que jamais
elles ne soient étayées scientifiquement par le
dévoilement de la méthode de calcul permettant
d’arriver à un résultat aussi surprenant.
Comme dans toute propagande, l’essentiel n’est pas de
démontrer, mais d’asséner une affirmation
avec suffisamment d’assurance jusqu’à ce que
celle-ci finisse par devenir une évidence ne souffrant pas
la contradiction.
En l’occurrence, politiciens, démographes
institutionnels et journalistes complaisants jouent sur les mots.
En affirmant que l’immigration ne joue qu’un
rôle mineur dans l’embellie démographique par
rapport au solde naturel, ils jouent sur les mots et sur
l’ambiguïté des définitions. Dans la
colonne “apport migratoire”, la plupart des
démographes rangent ceci : les personnes
s’étant établies légalement en France,
moins les personnes ayant quitté le territoire national.
Ce premier volet appelle déjà plusieurs
observations. Tout d’abord l’immigration
illégale est, par nature, exclue de ces calculs. Or, en
France, les autorités arrêtent environ 10.000
clandestins par an et estiment qu’il ne s’agit
là que d’un dixième environ des flux
illégaux. Rappelons que, selon Maxime Tandonnet,
spécialiste des flux migratoires au Ministère de
l’Intérieur, plus de 600.000 immigrés en
situation irrégulière vivaient en France en 2004.
Ensuite, il convient de poser la question suivante : dans ce
solde migratoire quel est le profil des entrants et celui des
quittants ? Les études faisant état de l’exil
des jeunes diplômés français vers des cieux
plus cléments pour ceux qui travaillent, innovent et
créent de la richesse apportent un début de
réponse…
Enfin, examinons maintenant ce que nombre
de démographes rangent dans la colonne
“accroissement naturel”. A priori, c’est
simple, il s’agit du nombre d’enfants nés en
France, auquel on a retranché le nombre des
décès. Ce second volet du raisonnement appelle
également plusieurs remarques. La première concerne
la quantité : plus l’allongement de la vie est
important, plus ce solde est important. Or, en 2004, les
progrès sanitaires aidant, le taux de mortalité a
été - il faut s’en féliciter ! - moins
important que prévu initialement. La seconde remarque
concerne la qualité : dans la colonne accroissement
naturel sont comptabilisés non seulement les enfants
nés en France de parents français, mais
également les enfants de parents étrangers ou
d’origine étrangère. Ainsi, lorsque
médias, politiciens et démographes complaisants
saluent le maintien du taux de natalité français
à 1,9 point, ils omettent de préciser qu’il
est notamment dû à la forte fécondité
des populations étrangères présentes en
grand nombre sur le territoire national.
Voix discordantes et réalistes
Voici ce qu’écrivait, en mai 2005, le
géopoliticien Aymeric Chauprade : “Nous disposons de
chiffres récents de l’INSEE. Officiellement, 9 % de
la population de la France métropolitaine est originaire
du continent africain et d’Eurasie (Turquie). À eux
seuls, ces 9 % assurent 16 % des naissances en France (qui
donnent accès à la nationalité
française), soit 110.000 naissances. Une projection pour
2030 ouvre sur la perspective suivante : dans 25 ans, la France
compterait 10 millions de résidants légaux
d’origine extra-européenne, ce qui
représenterait 15 % de la population (on serait donc
passé de 9 à 15 %) et 30 % des naissances.
Autrement dit, au tiers de ce siècle, un tiers de la
“future France” serait déjà
d’origine extraeuropéenne. Dans ces conditions, il
paraît assuré qu’à la fin du
siècle, la population de France serait très
majoritairement de souche extra-européenne
[…].”(1)
Ce géopoliticien n’est pas le seul à douter
du tableau optimiste qui nous fut complaisamment servi cet
été. Ainsi, dans son excellent Bloc-notes du
Figaro, Ivan Rioufol rappelait : “Déjà en
2004, François Héran [directeur de l’INED, il
est l’un de ceux qui affirment que “la part de
l’immigration n’est pas déterminante”]
avait surpris en assurant, statistiques à l’appui,
que la France n’était pas un pays
d’immigration massive” […]. Cependant, le
spécialiste allait être contredit quelques mois plus
tard par la Cour des comptes, s’alarmant de
découvrir que la nation était confrontée,
chaque année, à 300.000 entrées
nouvelles.” Et de rappeler que, selon l’INSEE, la
fécondité des Africaines vivant en France serait de
4 enfants en moyenne. Elle serait de 3,2 pour les
Maghrébines et de 3,7 pour les Turques. Et si la
natalité tend à se stabiliser à la
deuxième ou à la troisième
génération, elle resterait de l’ordre de 2,5
enfants par femme, contre 1,6 pour la femme
européenne.”
Substitution progressive de population Difficile dans ces
conditions de parler de “renouveau démographique
français”. À dire vrai, l’expression de
substitution de population serait plus appropriée.
C. Bigot
(1) Tribune de l’Institut Thomas More
(n°5 de mai 2005)
(2) in Le Figaro du 22 juillet 2005 |
“Selon l’INSEE, la
fécondité des Africaines vivant en France serait de
4 enfants en moyenne. Elle serait de 3,2 pour les
Maghrébines et de 3,7 pour les Turques. Et si la
natalité tend à se stabiliser à la
deuxième génération, elle resterait de
l’ordre de 2,5 enfants par femme, contre 1,6 pour la femme
européenne.”
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Nos voisins européens ne se voilent pas la face
Chez nos voisins européens, la part importante prise par
les étrangers dans la démographie nationale
n’est pas niée. Ainsi, en Italie, on reconnaît
volontiers que c’est grâce aux étrangers et
notamment aux immigrés chinois que le pays est en passe de
conjurer la dénatalité qui perdurait depuis trente
ans. Les instituts officiels soulignent ainsi, sans fausse
pudeur, que les immigrés font, en moyenne, trois fois plus
d’enfants que les Italiens de souche (voir à ce
sujet Le Figaro du 6 juillet 2005). De même, en Espagne,
les instituts d’études démographiques ne
craignent pas d’affirmer que la hausse de la
natalité s’explique par la fécondité
hors normes des femmes immigrées. Celles-ci seraient
à l’origine de 10 % des naissances, alors
qu’elles ne représentent que 4 % de la population
féminine. En Italie, comme en Espagne, certains se
félicitent de cette situation, tandis que d’autres,
y voyant à juste titre un péril pour
l’identité et la cohésion du pays, la
déplorent. Mais du moins, le débat se
déroule, là-bas, dans la transparence. Serait-ce
trop demander que de permettre aux citoyens français de
juger, eux aussi sur pièces ?
C.D.
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