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Après deux ans d’effort, nous pouvons savourer
une première victoire : la question de
l’adhésion turque a échappé à
la conspiration du silence qui l’entourait. Mais,
sitôt lancé, M. Chirac veut enterrer ce débat
en promettant un référendum dans… quinze ans
! Un piège grossier dénoncé par notre
collaboratrice Carole Bigot.
Certes, on ne peut que se féliciter de voir que la
question de l’adhésion de la Turquie à
l’Union européenne fasse la une des journaux. On ne
peut que se réjouir de voir que le sujet prête
à polémique et de constater que les partisans de
l’entrée de la Turquie dans l’Union
européenne soient sur la défensive. En observant le
tumulte que provoque ce choix capital dans les
états-majors de partis politiques et jusque sur les bancs
de l’Assemblée nationale, on peut se
féliciter du chemin parcouru depuis deux ans.
Notre action commence à porter ses fruits
C’est, en effet, au lendemain du Sommet européen de
Copenhague, lors duquel les dirigeants européens ont
donné rendezvous au Turcs à la fin 2004 pour
engager les négociations d’adhésion, que Voix
des Français a commencé sa campagne de mise en
garde des Français. Durant deux ans, presque seuls, nous
avons distribué des dizaines de milliers de tracts et
recueillis des dizaines de milliers de signatures
réclamant l’organisation d’un
référendum, enfin nous avons fait parvenir des
milliers de lettres aux candidats aux différentes
élections qui se sont déroulées depuis cette
date dans notre pays. Si l’on se souvient du silence
médiatique total qui accompagnait alors nos efforts, et de
la réserve prudente qui était observée par
la plupart des hommes et des femmes politiques que nous
approchions, on comprend que notre action et celles que quelques
autres associations amies a porté ses fruits.
Première victoire : nous avons brisé la
conspiration du silence
Notre première victoire est celle-ci ; nous avons
brisé la conspiration du silence. Les partisans de
l’adhésion turque espéraient que les
différentes étapes menant à
l’adhésion seraient franchies dans la
discrétion. Ils espéraient pouvoir agir en
catimini, dans le dos des Français. Ils espéraient
ne pas avoir à en assumer la responsabilité et le
coût politique. On sait maintenant qu’il n’en
sera rien, la question de l’adhésion turque
étant devenue la question politique numéro un,
avant même celle de l’adoption ou non de la
Constitution.
Référendum dans 15 ans : un piège
!
Cependant, rien ne serait pire que de relâcher maintenant
notre effort. En effet, si nous avons gagné une bataille,
nous n’avons pas encore gagné la guerre. Dans le
conflit qui nous oppose aux partisans de l’adhésion
turque, nos adversaires disposent d’une arme redoutable :
la maîtrise du calendrier. C’est cette arme
qu’utilise Chirac en promettant aux Français
qu’ils seront consulté sur l’adhésion
de la Turquie mais dans… quinze ans ! Cette promesse
représente non pas une avancée, mais un
piège grossier. Voici pourquoi :
Cependant, rien ne serait pire que de relâcher maintenant
notre effort. En effet, si nous avons gagné une bataille,
nous n’avons pas encore gagné la guerre. Dans le
conflit qui nous oppose aux partisans de l’adhésion
turque, nos adversaires disposent d’une arme redoutable :
la maîtrise du calendrier. C’est cette arme
qu’utilise Chirac en promettant aux Français
qu’ils seront consulté sur l’adhésion
de la Turquie mais dans… quinze ans ! Cette promesse
représente non pas une avancée, mais un
piège grossier. Voici pourquoi :
M. Chirac veut consulter les Français dans 15 ans, mais
ouvrir dès 2005 les négociations fixant les
modalités pratiques d’adhésion de la Turquie.
Or, l’un des principaux arguments utilisés par le
parti pro-turc est de dire que l’on "on aurait
laissé croire depuis de trop longues années
à la Turquie qu’elle avait une vocation
européenne" pour lui fermer maintenant la porte au nez.
S’il considère que, dès à
présent, nous sommes redevables aux Turcs, alors
qu’en sera-t-il dans quinze ans ? D’ailleurs, au
moment même où il propose un
référendum concernant la Turquie dans quinze ans,
M. Chirac a affirmé qu’un référendum
était impensable concernant la Bulgarie et la Roumanie,
étant donné l’état d’avancement
des négociations ! Enfin il faut souligner que tous les
pays qui ont entamé des négociations
d’adhésion à l’Union on effectivement
adhéré à celleci, à la seule
exception de la Norvège, mais c’est elle qui a
refusé d’intégrer l'Union.
M. Chirac fait la promesse de consulter les Français dans
quinze ans. Mais dans quinze ans, il ne sera plus
Président de la République. Qui nous garantira donc
que son lointain successeur - il se sera alors
écoulé trois mandatures de plus - se sentira
engagé par cette promesse ?
Du fait de l’immigration et du dynamisme
démographique dont font preuve les populations
étrangères et notamment des populations musulmanes
installées en France, le corps électoral sera
mécaniquement plus favorable à
l’entrée de la Turquie dans quinze ans qu’il
ne l’est actuellement. Sans compter que, d’ici
là, on ne peut hélas exclure que le droit de vote
des étrangers soit institué, par exemple sous
couvert de favoriser l’intégration des
immigrés.
Ce répit de quinze ans sera, bien sûr,
utilisé pour mettre en place une formidable campagne de
propagande médiatique en faveur de la Turquie. Il est vrai
que pour faire croire aux Français que la Turquie a une
vocation européenne, quinze ans de lavage de cerveau ne
seront pas de trop…
M. Chirac a également fait cette promesse de façon
à se prémunir contre un éventuel vote
hostile à la Turquie à l’Assemblée
nationale. Si demain, par extraordinaire, les
députés obtenaient de mettre la question turque au
vote, et s’ils votaient majoritairement contre, nul ne
doute que M. Chirac s’estimerait non tenu par ce vote. Il
rappellerait, bien sûr, que la négociation des
traités relève du Président et que le
Parlement ne peut se prononcer sur leur ratification
qu’à l’issue des négociations. Mais,
grâce à sa promesse, il pourrait dire aux
députés réticents : ne préjugez pas
de la décision des Français qui seront
consultés dans quinze ans !
Une nécessité absolue : maintenir la
pression
Voilà pourquoi, pour notre part, nous allons poursuivre
notre action pour que les Français soient consulté
par référendum sur l’adhésion de la
Turquie, non pas dans quinze ans, mais avant que ne commencent
les négociations d’adhésion avec ce pays, de
façon à ce qu’elles ne s’ouvrent
jamais. Car, à la différence de certains opposants
récents à l’adhésion turque, notre
opposition ne porte pas sur la capacité de la Turquie
à remplir tel ou tel critère technocratique. Notre
opposition n’est pas conjoncturelle, elle est fondamentale,
irrévocable et permanente. Elle tient en une phrase : la
Turquie, quelles que soient par ailleurs ses qualités,
n’est pas européenne et n’a donc pas vocation
à adhérer à l’Union européenne.
Ni aujourd’hui, ni demain.
C’est notamment ce que
nous réaffirmerons, le 4 décembre 2004, lors de la
manifestation que nous organisons, quelques jours avant que le
Conseil européen ne se prononce officiellement sur
l’ouverture des négociations.
Carole Bigot
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