EDITORIAL
PAR HENRY DE LESQUEN
Président de l'association
VOIX DES FRANÇAIS-RENAISSANCE 95

L'Europe et l'immigration

EDITORIAL
par Henry de Lesquen
Président de Voix des Français-Renaissance 95

Dès 1958, le traité de Rome avait affirmé la liberté de circulation et d'installation des personnes à l'intérieur du Marché Commun. On ne s'est guère préoccupé, pendant longtemps, des risques théoriques qui pouvaient en résulter. Le principe, en effet, ne s'appliquait à l'origine qu'aux ressortissants des Etats membres et l'on estimait qu'il n'y aurait pas de mouvements migratoires trop importants entre pays de niveaux de vie comparables. De plus, les immigrés en question, qu'ils fussent allemands ou italiens, étaient aptes à s'assimiler à la communauté nationale. Mais aujourd'hui, sans même revenir sur le cas de la Turquie, l'élargissement qui se prépare soulève des difficultés nouvelles, en raison de la pauvreté de certains pays candidats d'Europe orientale, comme la Roumanie, où habitent des populations misérables dont l'assimilabilité est problématique : c'est ainsi que les Tziganes ou Romanichels (dont la langue est le romani) ont une culture très particulière qui les tient aux marges de la société.

Les accords de Schengen, puis les traités de Maëstricht et d'Amsterdam, ont étendu la liberté de circulation aux résidents étrangers originaires des pays tiers, donc aux immigrés d'Afrique et d'Asie, et institué, pour ainsi dire, un "Marché commun de l'immigration". En conséquence, ils ont supprimé les contrôles aux frontières intérieures de l'Union européenne. Or, ceux-ci sont nécessaires pour lutter contre l'immigration illégale, que la Commission européenne évalue à 500.000 entrées par an.

Plus grave encore, Maëstricht et Amsterdam ont donné à l'Union européenne une compétence supranationale en matière d'immigration extra-communautaire, reprise dans le projet de Constitution européenne. A l'heure actuelle, les Etats ont un droit de veto. C'est bien, mais ce n'est pas suffisant, puisqu'il n'est pas possible de revenir sur une mesure sans l'accord de tous. En outre, le droit de veto doit disparaître en 2004.

L'Union européenne est donc en passe de se saisir des questions d'immigration. C'est inadmissible : comment accepter de s'en remettre, sur ce sujet vital pour l'avenir de la nation, à une instance supranationale ? Maxime Tandonnet a raison d'écrire que "le principe même du transfert à l'Europe des politiques d'immigration repose sur un contresens".

Il serait illusoire d'espérer que les décisions prises au niveau communautaire soient moins mauvaises que les nôtres, car la disparition des nations et leur transformation en sociétés multiculturelles est programmée de façon insidieuse dans le projet d'Europe fédérale auquel adhèrent en général les autorités européennes. Celles-ci sont bien plus éloignées des peuples, bien plus indifférentes aux sentiments des gens "d'en bas", que les gouvernements nationaux.

Nous ne pourrons pas maintenir notre identité si nous ne préservons pas la souveraineté de la nation, qui doit rester maîtresse de sa politique d'immigration.

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