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Depuis la chute du communisme à
l'Est, la réunification du continent européen est
faite et le problème de l'intégration à
l'Union européenne des ex-démocraties populaires
est posé. Intégration d'autant plus légitime
que, comme le soulignait le Pape Jean-Paul II, ces pays n'avaient
jamais quitté l'Europe, mais c'est l'Europe qui les avait
abandonnés !
En 2004, l'Union européenne
s'enrichira de 10 nouveaux Etats, les républiques baltes,
la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, la
Hongrie, la Slovénie, ainsi que Malte et Chypre. En
principe en 2007, la Bulgarie et la Roumanie les y rejoindront,
et plus tard enfin les Républiques issues de
l'ex-Yougoslavie, à l'exception de la Slovénie,
déjà admise.
A ce moment-là, la " Maison
européenne" sera quasiment au complet dans les limites
géographiques traditionnelles de l'Europe. Tous ces Etats,
malgré leurs différences, ont une identité
commune reposant sur leur histoire, leur culture, leurs
traditions politiques et religieuses. Leur civilisation se
rattache au double héritage de la culture
gréco-latine et de la tradition chrétienne -
même si le qualificatif de "chrétien" écorche
les lèvres des "eurocrates". Ces Etats partagent un
idéal politique fondé sur la démocratie
parlementaire, le pluralisme et les libertés
qualifiées jadis de "formelles" ou de "bourgeoises" par
les marxistes. Certes, le niveau économique des nouveaux
venus est loin d'atteindre celui des "anciens", mais il en
était de même lorsque la Grèce et le Portugal
furent admis dans la CEE.
Aujourd'hui, on veut étendre
à l'Est les limites de l'Europe. La Turquie a-t-elle
vocation à entrer dans l'Union européenne ? Elle a
posé sa candidature en 1987 et le sommet de Copenhague a
repoussé à 2004 l'examen du dossier. Mais la vraie
question, c'est de savoir si la Turquie est un Etat
européen."Non", a répondu à juste titre
Valéry Giscard d'Estaing, pour qui "la Turquie est un pays
proche de l'Europe… mais ce n'est pas un pays
européen". En revanche, aussi étonnant que cela
puisse paraître, le Premier ministre grec Simitis a
déclaré dans Le Monde du 9 janvier 2003 que "la
Turquie a été une grande puissance
européenne depuis le XVIe siècle et l'Empire
ottoman a joué un rôle dans la création de
l'Europe qui existe aujourd'hui". En réalité, la
Turquie ottomane n'a jamais voulu être européenne,
mais elle a voulu conquérir l'Europe chrétienne.
Encore en 1683, ses armées ont voulu s'emparer de Vienne,
qui fut sauvée par l'intervention d'une véritable
"armée européenne" - et chrétienne -
où se côtoyaient des contingents fournis par les
princes tant catholiques que protestants, sous la conduite du roi
de Pologne Jean Sobieski et du duc Charles de Lorraine. Certes,
l'impérialisme ottoman appartient au passé et la
Turquie actuelle n'a plus rien à voir avec lui. Il n'en
reste pas moins que l'identité de la Turquie est
radicalement différente de celle de l'Europe. Par sa
langue, par son histoire, et par sa religion, la Turquie est
beaucoup plus proche des républiques turcophones et
musulmanes de l'ex-URSS que de l'Europe, qui, n'en
déplaise aux parlementaires de Strasbourg, a
été fortement marquée par le christianisme.
Que la Turquie soit associée économiquement
à l'Europe comme elle l'est depuis 1962, c'est tout
à fait légitime, mais elle n'a pas vocation
à entrer dans l'Union européenne. Qu'on le veuille
ou non, malgré la laïcité imposée par
Atatürk en 1923, l'Islam revient en force. Les
élections du 3 novembre 2002 ont porté au pouvoir
un gouvernement islamiste qualifié faussement de
"modéré", mais dans lequel les épouses de 16
ministres sur 25 portent le voile islamique, ce qui est
d'ailleurs parfaitement leur droit… mais dans leur pays.
Il y a encore bien des raisons qui poussent à rejeter
l'idée d'admettre la Turquie dans l'Union
européenne. La démocratie turque, jusqu'à
présent, a été une démocratie de
façade dans laquelle l'armée a tendance un peu trop
souvent à sortir de ses casernes pour imposer ses vues
politiques : en 1960, 1971, 1980 et, tout récemment
encore, en 1997 ! C'est encore l'armée qui est responsable
de l'état de non-droit qui existe à Chypre depuis
1974. C'est elle aussi qui est la plus décidée
à s'opposer à toute concession à la
minorité kurde - 12 à 15 millions de personne, 20 %
de la population - lesquels Kurdes, d'ailleurs, en tant que
citoyens turcs pourraient s'établir librement dans
n'importe quel pays de l'Union européenne, dès lors
que la Turquie en serait membre ! Sans oublier les cicatrices non
refermées des Arméniens, qui attendent en vain
depuis plus de 80 ans un geste de compassion de la part de l'Etat
turc.
La Turquie, et pour bien d'autres raisons encore, n'a pas
sa place dans l'Union européenne. Elle n'a jamais
été et elle n'est pas un Etat européen et
elle apporterait à l'Europe des difficultés
supplémentaires. Et puis, si l'on ouvre les portes de
l'Europe à la Turquie, pourquoi ne pas les ouvrir aux pays
du Maghreb, à l'Egypte, à Israël, au Liban ?
Où serait alors l'identité de l'Europe, mais qu'en
reste-t-il déjà, face à la mondialisation
qui avance à marche forcée ?
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* Ce texte d'Henry Bogdan a été initialement
publié par la revue Relève politique dans le cadre
d'une vaste enquête sur l'Europe à l'heure de
l'élargissement. Outre Henry Bogdan, onze autre
intellectuels ont participé à ce dossier : Alain de
Benoist, Yves Amiot, François-Georges Dreyfus, Pierre
Hillard, Arnaud-Guyot Jeannin, Yves-Marie Laulan, Dominique
Venner, Jean Madiran, Jean-Marie Paupert et Vladimir Volkoff.
Relève politique - BP 25 - 75518 Paris cedex 15 (11 euros
le numéro, port compris)
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