
Ecrasée à l'élection présidentielle, la gauche a été nettement battue aux élections législatives. On ne peut que s'en féliciter. Le président réélu dispose, pour cinq ans, d'une large majorité à l'Assemblée nationale, sur laquelle il pourra s'appuyer pour mettre en œuvre sa politique.
Jacques Chirac a promis de rétablir la sécurité des Français. Acceptons-en l'augure. Je vous avoue, cependant, au risque de paraître rabat-joie, que je demeure sceptique. Il ne suffit pas de parler d'un problème pour qu'il s'évanouisse miraculeusement. Or, le président n'entend pas réformer la loi pénale, alors que c'est la condition sine qua non, si l'on veut faire vraiment reculer la criminalité ; il n'a annoncé que quelques minuscules modifications de la détestable loi Guigou, qu'il ne va pas abroger. En outre, il s'est bien gardé de reconnaître le moindre rapport entre l'insécurité et la montée de l'immigration...
La victoire de la droite est ambiguë, donc, parce qu'elle a gagné sur un programme singulièrement édulcoré, et qu'en supposant qu'elle l'applique ce qui nous changerait agréablement de 1995 , elle ne répondrait quand même pas aux véritables besoins de la nation, en tout cas, pas suffisamment.
Cette victoire est ambiguë, en outre, parce que la droite qui a gagné n'est pas toute la droite : elle est amputée de sa fraction populiste (F.N. et M.N.R.), rejetée dans les ténèbres extérieures du politiquement incorrect, alors qu'elle a représenté 20 % des Français au premier tour de la présidentielle. Comme la droite dissidente de Pasqua et Villiers est réduite à sa plus simple expression, que l'U.D.F. de Bayrou, d'ailleurs plus centriste que droitière, est marginalisée, c'est le nouveau parti du président, l'U.M.P., qui dispose de tous les pouvoirs, avec les deux tiers des sièges de députés. Pourtant, ce parti n'a eu que 33 % des suffrages exprimés au premier tour des législatives, soit 21 % des électeurs inscrits, compte tenu d'une forte abstention. N'oublions pas, non plus, que Jacques Chirac n'a réuni que 19 % des voix au premier tour de la présidentielle.
Ainsi, ne cédons pas à l'illusion lyrique des lendemains de victoire. Le fossé qui s'est établi entre le peuple et les classes dirigeantes n'a pas été comblé d'un coup de baguette magique. Et l'on peut avoir des doutes sur la capacité du nouveau parti unique de la droite établie, l'U.M.P., à rassembler les divers courants d'opinion qui s'expriment aujourd'hui à droite. N'a-t-il pas été fondé, entre les deux tours de la présidentielle, sur l'exclusion-diabolisation du candidat du Front national et, par voie de conséquence, sur la formation d'un vaste "front républicain", où la droite établie fraternise avec la gauche, et se retrouve même avec l'extrême gauche.
A nous, militants et adhérents de Voix des Français, de tenir toute notre place, sans désemparer, et d'assumer notre mission, qui est de dire la vérité sur les grands enjeux de l'immigration, et de la faire connaître au plus grand nombre.