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Éric
Besson, ministre de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité
nationale et du Développement solidaire a ouvert un site
Internet de « débat sur l’identité nationale
». Or, il l’a confié à SQLI, une entreprise
mondialisée, dirigée par M. Yahya El Mir, un patriote…
marocain ! Plus choquant encore : cette société travaillant
pour de nombreuses entités publiques françaises se
fait une gloire de délocaliser les emplois en recourant aux
ressources « offshore » (sic), c’est à
dire étrangères.
Et si l’affaire Yahya El Mir n’était que l’arbre
qui cache la forêt ? À y regarder de plus près,
c’est toute la politique de commande publique qui mérite
d’être examinée : pourquoi l’État
privilégie-t-il des entreprises qui jouent le rôle
de fer de lance dans les délocalisations d’emplois
?

Rappel des faits et explications :
Dirigée par un ressortissant marocain, M. Yahya El Mir, la
société SQLI a obtenu du ministère de l’Immigration
la création et la gestion du site de « débat
sur l’identité nationale ». Cotée au second
marché, la SQLI est une importante société
de services en informatique (SSII), spécialisée dans
les nouvelles technologies de l’information. La SQLI est un
« intégrateur » qui apporte à ses clients
des « solutions métiers » (sic) ; c’est
aussi une agence de création sur la Toile.
La
SQLI : une entreprise mondialisée travaillant de manière
privilégiée pour le secteur public
Société mondialisée, la SQLI travaille pour
de grandes entreprises mais aussi et surtout pour le secteur public
: les hôpitaux, la Banque de France, l’Institut de recherche
et de sûreté nucléaire (IRSN), les ministères
et l’Armée ; la SQLI vient d’obtenir la réalisation
du portail de l’Armée de l’air qui concerne 75.000
militaires. Cette recherche stratégique des marchés
publics s’explique, car, selon M. Yahya El Mir, « Il
n’y a pas, dans ces domaines, d’impact de la conjoncture.
»
M.
Yahya El Mir en pointe dans la délocalisation
Un fait est toutefois surprenant : alors que la SQLI sollicite –
avec succès – les administrations, les collectivités
et les établissements publics locaux ainsi que l’Armée,
c’est une société qui a été en
pointe dans le mouvement d’ « offshoring »
: comprendre la délocalisation hors des frontières
françaises des tâches et des emplois.
Dans une étude sur la multiplication des sites d’emplois
délocalisés, le site Internet spécialisé
ZDNET notait dès octobre 2006 que : « SQLI a été
l'une des premières sociétés de service informatique
de taille moyenne à prendre cette voie, son président
Yahya El Mir jugeant cette évolution incontournable au sortir
de la crise des années 2002/2003. »
Le 18 décembre 2007, M. Yahya El Mir confirmait ce point
de vue et déclarait à Boursorama que : « Développer
une activité offshore au Maroc » était
« clairement une priorité d’autant que nous
avons désormais la courbe d’expérience suffisante
pour accélérer ce développement. Je rappelle
que nous étions parmi les premiers à initier l’offshore
et nous allons en récolter les fruits à partir de
maintenant. Nous visons à faire passer la part de l’effectif
offshore dans l’intégration de 10 % actuellement à
environ 40 % dans les trois années qui viennent, soit un
effectif à terme d’environ 500 personnes
».

Il
est pour le moins emblématique que le réalisateur
du site de « débat sur l’identité nationale
» soit… une société mondialisée
dirigée par un patriote… marocain ! Ce qui conduit
à se poser une question : jusqu’où la mondialisation
est-elle compatible avec l’identité nationale ? «
La crise : une carte à jouer pour le Maroc »
Plus récemment encore, la revue Jeune Afrique du 24 février
2009 notait : « Même optimisme dans l’offshoring
(externalisation de services informatiques). Avec ses 150 centres
d’appel, le Maroc conserve ses atouts. » Pour Yahya
El Mir, « la crise peut être une opportunité
» car, « les entreprises françaises
vont vouloir réduire leurs coûts, ce qui frappera les
systèmes d’information. C’est là que le
Maroc a une carte à jouer. » La délocalisation
des emplois français au Maroc a ici deux causes : - la logique
du capitalisme mondialisé conduisant à toujours chercher
une main-d’oeuvre à bas coût ; - les sentiments
patriotiques d’un ressortissant marocain se réjouissant
que la crise puisse contribuer, en accélérant le mouvement
de délocalisations, au développement économique
de son pays. Tout ceci est bien naturel. Patriote marocain
d’un côté, non-patriote français de l’autre
Ce qui l’est peut-être moins, c’est
que les dirigeants français - hommes politiques, hauts fonctionnaires,
militaires de haut rang - soient si peu conscients des intérêts
stratégiques globaux de la France ; et qu’il n’y
ait pas l’ombre d’un soupçon de patriotisme économique
chez eux. Ce qui est choquant, ce n’est pas que M. Yahya El
Mir soit un patriote économique marocain ; c’est que
MM. Besson et Morin (le ministre de la Défense), eux, ne
soient pas des patriotes économiques français. Et
ce qui reste à tout le moins symbolique, c’est que
le site de « débat sur l’identité nationale
» ait été confié à une société
promouvant les délocalisations d’emplois et dirigée
par un patriote étranger. Il est pour le moins emblématique
que le réalisateur du site de « débat sur l’identité
nationale » soit… une société mondialisée…
dirigée par un patriote… marocain. Ce qui conduit à
se poser une question : jusqu’où la mondialisation
est-elle compatible avec l’identité nationale ?
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