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INTERNET : MÉFIEZ-VOUS DES
“ARNAQUES À L’AFRICAINE”
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C’est une escroquerie qui remonte au XVIe
siècle. Elle est inspirée de contes africains. Dans
le jargon de la police et du crime organisé, on
l’appelle d’ailleurs une « arnaque à
l’africaine ». Grâce à Internet, elle
est en plein expansion. Des cybercriminels envoient des dizaines
de milliers de courriels fantaisistes visant à estorquer
de l’argent aux Occidentaux sensibles à la
détresse des Africains... et obtiennent 1 ‰ de
réponses positives ! Largement de quoi vivre de la
crédulité de son prochain.
"Une action au service de Dieu" ; "aidez-moi ! "
; "pas le choix"... L’objet du
courriel attire l’oeil. Le message, lui, joue sur les
cordes sensibles : une amoureuse, embusquée sur un forum,
"livre son secret" ; une autre, "seule fille
unique" (sic) d’un politicien assassiné,
appelle au secours et promet une récompense
princière ; une « riche catholique ivoirienne en
phase terminale d’un cancer foudroyant » lègue
sa fortune à qui l’aidera à «
bâtir des églises en Europe » ! Pourquoi pas
des châteaux en Espagne ?
Trois histoires, un seul but : émouvoir un Occidental, lui
faire miroiter un mirifique magot – inaccessible sans son
aide – puis, contre la promesse d’un
bénéfice conséquent, lui extorquer autant
d’argent que possible ! Selon le Bureau des affaires
criminelles de la gendarmerie (BAC), ces courriels,
rédigés dans un sabir rocambolesque,
s’inspirent de contes africains… On les appelle
d’ailleurs des « arnaques à l’Africaine
». Connues depuis le XVIe siècle, elles
prolifèrent en France avec Internet.
Face aux escrocs : 150 gendarmes « N-Tech » (Nouvelle
technologie) de l’Institut de recherche criminelle de la
gendarmerie nationale (IRCGN), spécialisés dans la
lutte contre la cybercriminalité.
Ces affaires concernent
jusqu’à 25 % de leurs dossiers mensuels. Les
cyberlimiers collaborent avec l’association Signal-spam
(http://www.signal-spam.fr/), dont la plate-forme informatique
permet, sur requête d’un officier de police
judiciaire, le recoupement électronique des courriers
douteux. Eric Freyssinet, expert en cybercriminalité de la
Sous-direction de la police judiciaire de la gendarmerie
nationale, explique : « Nous classons les affaires par
catégorie. Puis nous remontons la piste grâce aux
adresses IP et aux fournisseurs d'accès. »
Généralement, l’auteur du message se dit
isolé dans un milieu hostile, sans famille et
formidablement riche. Mais pour mettre la main sur son
trésor, il est "obligé" de demander l’aide
d’un "honnête Occidental". En échange, il lui
cédera jusqu’à 15 % de sa fortune.
Si le gogo donne suite, il est contacté par courriel, puis
par téléphone. La séduisante Caroline Deyda,
21 ans, « fille de [son] père, honorable journaliste
gambien sauvagement assassiné au volant de sa voiture
», demande assez classiquement l’ouverture d’un
compte en Europe : « Je compte sur votre
honnêteté pour que mon héritage soit
transféré et que je vous rejoigne vite. »
Pour cela, il faut l’aider à régler de petits
frais. Le but est de faire payer la victime : honoraires
d’avocat, taxes douanières, etc… Les sommes,
initialement modestes, grimpent jusqu’à
épuisement du filon. En juin 2007, à Dijon, les
gendarmes ont arrêté deux Nigérians venus
extorquer 10.000 euros de « frais de dossiers »
à un commerçant !
D’autres proposent de virer une somme colossale à
leur « bienfaiteur ». La victime livre ses
références bancaires pour faciliter le transfert de
fonds. Munis de faux, les voleurs vident le compte en banque du
naïf. Les brigands sont prêts à tout : pour
feindre de jouer le jeu – et rire un peu – nous avons
demandé 60 % d’un trésor caché au lieu
des 30 % proposés, arguant du fait que nous étions
durs en affaire et ne saurions nous contenter des miettes ! Offre
acceptée le lendemain, "la mort dans
l’âme", par notre escroc qui devait
méditer sa vengeance, en imaginant la tête de sa
future victime une fois flouée !
En France, le taux de réussite de ces arnaques
dépasse 1 ‰, sachant que des centaines de milliers
de courriels sont envoyés chaque année. Les
victimes ne sont pas des marginaux, mais des personnes
aisées, peu rodées à Internet,
aveuglées par l’appât du gain ou la rencontre
amoureuse. Par peur du ridicule, les plaintes restent aussi
rares… que les arrestations. Dans leur pays
d’origine, les cerveaux échappent à toute
poursuite. Pour parachever les "coups", plus de
18.000 hommes de main, issus de la diaspora africaine,
serviraient de relais en Europe. Ils fournissent de faux
documents notariaux, intimident ou conditionnent la victime,
organisent un voyage "au pays" avec gardes du
corps, précautions de conspirateurs et
péripéties violentes, telles qu’on les
imagine dans ces contrées exotiques…
Parfois, la comédie vire au drame. Une fois "plumées",
certaines victimes se suicident ou
s’obstinent à toucher leur commission… et
finissent avec une balle dans la peau. Inversion des rôles
: des arnaqueurs nigérians et togolais ont
été tués, en 2004 et 2006, par des
Biélorusses et des Ukrainiens, qui n’ont pas
apprécié que l’on plaisante avec leur
argent.
Sans arriver à ces extrémités, il a suffi,
pour les besoins de cet article, de jouer longuement les
candides, puis de demander une petite avance pour les premiers
frais. La victime de la guerre civile, la sainte en puissance et
l’amoureuse en danger ont illico disparu !
Patrick Cousteau |
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