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ESCLAVAGE ET ISLAM : LES HISTORIENS
MUSULMANS ADMETTENT LE LIEN
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Le 10 mai, le gouvernement tenant les rênes de la
France "célébrera" le 160e anniversaire de
l’abolition de l’esclavage. Le CRAN (Conseil représentatif des associations noires de France) a
prévu une grande manifestation en faveur des
immigrés illégaux – dits "sans
-papiers" -, établissant, par cet amalgame douteux, un lien
entre l’esclavage en Afrique et les ridicules
velléités de lutte contre l’immigration des
dirigeants français. Les repentances seront encore
à l’honneur. Chacun sait, depuis les ouvrages de
Bernard Lugan, de Jacques Heers, de Robert C. Davies et,
récemment, de la brillante synthèse d’Olivier
Pétré-Grenouillau, que la pratique de
l’esclavage était naturelle en Afrique (raison pour
laquelle les Européens n’achetèrent pas
d’esclaves aux Indes, qui… n’en faisaient pas
le commerce !) ; chacun sait qu’il y eut trois traites :
celle dont tout le monde parle, la traite atlantique,
pratiquée par les Européens du XVIIe au
début du XIXe siècle ; la traite africaine
elle-même, à l’intérieur du continent,
que l’absence d’archives rend difficile à
appréhender ; et une traite arabo-musulmane,
commencée dès le VIIe siècle, avec la
naissance de l’islam, qui n’a cessé que
pendant la colonisation et a repris de plus belle depuis le
départ des Européens.
La nouveauté, dans le débat sur l’esclavage,
vient de la soudaine prise de conscience des historiens et
intellectuels musulmans eux-mêmes. Trois livres ont
récemment parus sur le sujet (voir bibliographie).
D’abord L'Esclavage en terre d'islam, de Malek Chebel,
intellectuel franco-algérien ; puis Le Sujet et le
Mamelouk, esclavage, pouvoir et religion dans le monde arabe, de
Mohamed Ennaji, professeur à l’université de
Rabat ; et enfin, Le Génocide voilé, de
l’anthropologue Tidiane N’Diaye,
sénégalais, et chercheur à
l’INSEE.
Ces auteurs établissent formellement le lien entre islam
et esclavage. A l’époque où naît le
Coran, l’esclavage est un état normal dans une
grande partie du monde connu et même en Europe, où
l’Eglise tente de le faire disparaître. Mahomet
lui-même a des esclaves.
Mais le Coran définit, dans 29 versets, un statut
juridique et social de l’esclave. Au lieu de la distinction
antique opposant simplement le libre au non-libre, le Coran
distingue le musulman du non-musulman. Un musulman ne peut
être réduit en esclavage. Si un esclave se trouve
être musulman, il l’est soit parce qu’il
s’est converti à l’islam – et sera
ultérieurement affranchi –, soit parce qu’il
est né esclave et a pris la foi de ses maîtres. Lui
aussi est appelé à recouvrer la liberté. En
attendant, l’esclave musulman est supérieur à
l’esclave non musulman. Il peut être associé
à la prière collective et même la diriger, se
marier à des musulmans de condition libre ou servile. De
plus, il est interdit de le vendre à des non-musulmans.
Dans tous les cas, le Coran recommande au maître de bien le
traiter et de pourvoir à son entretien.
Prétendument voulue par Dieu, cette séparation
entre les êtres humains ne peut être ni
condamnée, ni critiquée. Aussi, dès le VIIe
siècle, pour se pourvoir en main-d’oeuvre humaine et
en femmes pour les harems, les musulmans se lancent dans la
traite des esclaves noirs, au sein du continent africain.
Au XVIe siècle, les corsaires barbaresques enlèvent
plus de chrétiens en un seul raid sur les côtes de
Sicile, des Baléares ou de Toscane qu’il n’y
avait d’Africains déportés chaque
année dans la traite transatlantique.
En 1517, Alger, nid de pirates, tombe aux mains des Ottomans. On
constate une recrudescence de l’esclavage en
Méditerranée. L’ordre de Malte et les
puissances européennes mettront un terme aux incursions
musulmanes dès le XVIe siècle.
Les musulmans accentuent alors la traite vers l’Afrique
noire. Ils la pratiquent encore de nos jours.
Les estimations moyennes du trafic se situent autour de 21
millions de victimes – dont 4 millions
d’Européens – entre le VIIe et le XIXe
siècle, où la colonisation met un terme à
l’esclavage. Les chiffres actuels sont inconnus.
Une chose est sûre : contrairement aux Européens qui
les achetaient, et en prenaient donc soin, les esclaves pris par
les musulmans au cours de razzias sont gratuits et en grand
nombre. Ils sont donc très mal traités. La traite
occasionne des pertes terribles dans les populations
razziées, puis pendant le voyage. Des témoignages
horribles l’attestent : des négociants expliquent,
dans des lettres à leurs associés restés en
Arabie, qu’il a fallu, ici où là, «
égorger quatre femmes fanées » ou tuer ceux
qui ralentissaient la marche.
Les marchands d’esclaves vendent leur captifs en route, sur
les marchés du Caire ou de Zanzibar, voire à la
sauvette, dans des bouges clandestins. Les raffles ont
également lieu dans le Caucase: les femmes circassiennes
sont appréciées pour leur beauté. On peut
vérifier la virginité d’une captive, examiner
les dents, la musculature ou la vivacité d’esprit
d’un esclave, comme on le ferait d’un animal.
Le Coran, puis le droit coutumier musulman, réglementent
l’esclavage sans jamais le condamner. Un musulman ne peut
être condamné à mort s’il a tué
un esclave.
Les conditions de vie de l’esclave changent
considérablement en fonction de sa couleur, sa
beauté, son âge, sa condition sociale, ses
capacités, sa religion, l’époque et le lieu
où il se trouve. Les femmes et les enfants servent comme
domestiques ou concubines dans les harems. Les hommes deviennent
soldats, artisans, galériens, fonctionnaires ou eunuques
dans les harems… Ils sont placés dans des
conditions de détention abominables si l’on pense en
tirer une rançon. Selon Mohamed Ennaji, l’esclavage
imprègne toute la mentalité musulmane : «
L’histoire du monde arabe est prisonnière du
discours religieux et de ses représentations. »
C’est pourquoi, selon Malek Chebel, trois millions
d’esclaves [au moins, car il ne parle que du monde arabe et
africain] vivraient encore en terre d’islam.
Frédéric Petit |
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Á LIRE
L'Esclavage en terre d'islam, de Malek
Chebel, Fayard, 506 pages, 24 euros.
Le Sujet et le Mamelouk, esclavage, pouvoir et religion dans le
monde arabe, de Mohamed Ennaji, Mille et Une nuits, 368 pages, 16
euros.
Le Génocide voilé, de Tidiane N’Diaye,
Gallimard, 254 pages, 21,50 euros.
Les Négriers en terres d'islam : la première traite
des Noirs, VIIe-XVIe siècle, de Jacques Heers, Perrin, 303
pages, 22 euros
Les Barbaresques, course et guerre en Méditerranée
XIVe-XVIe siècle, de Jacques Heers, Perrin, 370 pages,
22,20 euros
Les Traites négrières : essai d'histoire globale,
d’Olivier Pétré-Grenouilleau, Gallimard, 468
pages, 32 euros
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