mis en ligne le 9 octobre 2006
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Grandes écoles : la discrimination contre
l’excellence.
Après l’incroyable gâchis du CPE, en 2006,
les émeutes ethniques du Ramadan 2005, les questions
posées par l’école paraissent secondaires.
Elles sont en réalité premières, car, si
l’école fut la matrice de la République, elle
est aujourd’hui la matrice de
l’“antiracisme” et de son sous-produit
bâtard, la discrimination “positive”, cause,
parmi d’autres, de l’anarchie contemporaine.
1. L’école sort de sa fonction par son obsession
de justice sociale.
Le proviseur du lycée Henri IV a déclaré au
Monde, à la fin de l’année 2005 : « Environ
29 % des élèves de nos quatre plus grandes
écoles (Polytechnique, ENA, HEC, Normale sup.)
étaient d’origine populaire au début des
années cinquante ; ils ne sont plus que 9 % au
début des années 1990 : ce constat est
insupportable. » Face à ce constat, juste au
demeurant, un élément d’analyse manque,
à la fois comme cause et comme effet :
l’immigration. Comme cause, il est clair que le choc de
l’immigration produit l’explosion de
l’école, quand ce sont dix, vingt
nationalités qui « cohabitent en classe »,
même s’il faut aussi prendre en compte la
démission des familles ou l’égalitarisme
forcené. De ce point de vue, d’ailleurs,
l’égalitarisme est d’autant plus difficile
à appliquer que le « spectre » des cultures
est large. Dans cette affaire, l’éducation
prétend atteindre un but qui est comme l’horizon qui
recule au fur et à mesure que l’on avance. Comme
effet, l’immigration exacerbe donc cette impossible
quête de l’égalité, absorbe
énergie et ressources, et, sous couvert de justice
sociale, ruine littéralement l’organisme
éducatif qui, tel un malade, se détruit par ce
qu’il croit être le remède.
Or, ce prétendu remède, le voici : pour lutter
contre les inégalités qui demeurent visibles
(puisque, dans les collèges et les lycées,
l’égalité est accomplie par le bas avec le
plus grand commun dénominateur), il s’agit donc de
s’attaquer aux filières d’excellence qui
pratiquent encore la sélection, soit les classes
préparatoires et les grandes écoles.
L’“antiracisme” et la discrimination
“positive” sont comme le marxisme, dont elles sont un
avatar, ils ne souffrent aucune différence.
2. Les conventions ZEP : étendre le poison au plus
grand nombre.
Ainsi, depuis 2001, existent les conventions ZEP-Sciences Po.
Deux cents élèves scolarisés actuellement
à Sciences Po sont issus de ZEP, par la volonté du
président Richard Descoings ; l’ESSEC a fait de
même, puis Polytechnique, et, pour la rentrée de
septembre 2006, une classe prépa ZEP ouvrira ses portes
à Henri IV.
Les résultats ne se font pas attendre, car c’est
demander à l’école ce qui n’est pas
dans sa vocation. Quelle est la vocation de l’école
? Instruire et former. Il est vrai qu’elle prétend
aussi éduquer, mot ambigu. Signifie-t-il éduquer
aux bonnes mœurs ou formater politiquement les esprits ?
Quoi qu’il en soit, par les conventions ZEP, on fait
prendre des raccourcis (les intéressés entrent sur
dossier et non sur concours ; le concours est anonyme, le dossier
est forcément personnalisé, ce qui entre
d’ailleurs en contradiction avec un autre aspect de la
discrimination “positive” : le CV anonyme) à
des jeunes gens, à raison supposée de leur origine
sociale, mais, en réalité de la couleur de leur
peau, ce qui est une monstruosité raciste et une
calamité sociale. La société ne pourra
s’empêcher de penser que la couleur est soit un
handicap, soit qu’elle est un privilège, avec tout
ce qu’implique le discours sur l’un et l’autre.
Au surplus, elle contribue à la ruine de ce qui reste du
système éducatif et, bien entendu, ce sont les
moins favorisés qui en pâtiront. À vouloir
forcer la réalité, celle des dons et du QI,
inégalement répartis chez les êtres humains,
on produit toute une chaîne d’effets pervers, qui,
à chaque fois, conduit le législateur à
fausser les règles du jeu. Une machine infernale est en
mouvement, on ne sait où elle s’arrêtera. En
termes d’efficacité, la seule mesurable est celle de
l’effet d’annonce et de communication qui permet
à certains proviseurs de flatter les politiques et de
faire carrière. Au demeurant, c’est plutôt
humiliant pour les bénéficiaires d'une telle
discrimination, et cela peut aussi les suivre dans leur
carrière de façon tout à fait malsaine,
quelque chose d’une « race à part »
d’ingénieurs ou de SC -PO.
Ayant enseigné en classe préparatoire HEC à
des étudiants marocains venus des lycées du Maroc,
j’ai pu constater que, nullement
bénéficiaires d’une quelconque discrimination
“positive”, ils obtenaient d’excellents
résultats, parce que les lycées marocains
d’où ils venaient s’efforçaient
à l’excellence avec peu de moyens, mais avec des
méthodes rigoureuses où l’autorité du
professeur n’était pas remise en cause, avec,
au-dessus de tout, un goût réel pour la langue
française, de telle sorte que je trouvais chez eux des
tournures et des moyens rhétoriques tombés en
désuétude chez leurs contemporains de France. Telle
est une voie possible de promotion des plus modestes d’ici
ou d’ailleurs.
3. Mort de l'école, mort de la
République.
Au surplus, les bons élèves ordinaires, si
l’on peut dire, souffrent eux aussi de façon
inégalitaire des conséquences de ces conventions
ZEP, puisqu’elles contribuent à abaisser le niveau
général. L’institution elle-même ajoute
donc à la baisse générale du niveau. En
effet, pour ne pas pénaliser certains élèves
issus de l’immigration, on remplace le système
logico-déductif qui caractérise, en gros, ces
filières, même au bac, (la dissertation) par des
exercices de spontanéité dont la
subjectivité n’a d’égale que
l’impossibilité d’une note... objective. Nous
sommes entrés dans le règne du «
n’importe-quoi-pourvu-qu’on-dise-quelque-chose
». N’est-ce pas-là le spectacle peu reluisant
que la jeunesse donne, quand elle descend dans la rue ? Une forme
primaire d’abêtissement collectif : tous égaux
dans… l’inculture et le réflexe de Pavlov. Et
si seulement le niveau se maintenait ! Mais les jurys attestent
la baisse en mathématique et en français des
élèves ingénieurs. Pendant qu’on
défile dans la rue et qu’on se focalise sur les
banlieues, le niveau baisse… et la France avec !
La solution consiste donc, sans préjuger de la politique
d’immigration conduite par ailleurs, à revenir aux
savoirs fondamentaux, aux méthodes rigoureuses et
contraignantes, les mêmes pour tous. C’est au moment
même où l’école est incapable de
remplir sa fonction dans ses tâches ordinaires qu’on
lui demande la lune : résoudre les problèmes de la
société. Car, non seulement l’école
n’intègre pas, mais elle désintègre,
elle désassimile, engendre de
l’altérité culturelle. C’est en
redevenant elle-même conforme à ses racines et
à son prestigieux passé que l’enseignement
pourra de nouveau être utile à la France et non lui
nuire comme aujourd’hui. Commençons par supprimer
l’Institut National de la Recherche Pédagogique,
puis les IUFM, fabriques d’idéologies
“antiracistes” et discriminatoires, revenons aux
fondamentaux et, avec les économies accomplies par ces
suppressions, finançons un encadrement digne de ce nom,
qui commencerait par être investi d’autorité,
recrutons des professeurs par concours non discriminatoires, ce
qui reste le seul mode républicain et démocratique
de recrutement. Faute de quoi, morte l’école, morte
la République, car l’une et l’autre ont un
magistère commun, les mots de la première ont
forgé ceux de la seconde, mais les maux de la
première sont aussi ceux de la seconde. Il faut, enfin,
promouvoir la saine concurrence avec le privé sous contrat
et hors contrat et, à terme, supprimer le ministère
de l’Education nationale, qui serait remplacé par un
dispositif léger de gestion des personnels
coordonné avec les recteurs d’Académie. Il
serait interdit de modifier programmes et méthodes
à chaque changement de gouvernement, lesquels pourraient
rester durablement constants, enfin toute discrimination, «
positive » ou non, serait interdite au nom de
l’égalité.
Olivier Pichon, Directeur de la rédaction de Monde et Vie.
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